20/03/2015



  DAVID SERAFÍN
 
 
David Serafín est le pseudonyme de Ian Michael (1936), un hispaniste anglais, specialiste de la littérature médiévale espagnole.
Bien qu’il ne soit pas espagnol et que ses romans fussent publiés d’abord en anglais, cet auteur situe ses romans en Espagne, dont il est un témoin fascinant de l’époque de la Transition. En ce sens, toutes proportions gardées, on peut le comparer à Vázquez Montalbán. Comme l’auteur de la série des Carvalho, ses romans sont des romans criminels situés dans le climat agité et confus de cette brève période historique dont il rend admirablement le climat.
Il est l’auteur de six romans écrits entre 1979 et 1982 qui ont comme protagoniste le commissaire Bernal. Ils furent traduits et publiés en Espagne entre 1983 et 1988 par la maison d’édition Grijalbo de Barcelone sous les titres : Sábado de Gloria (1983), El metro de Madrid (1983) Golpe de reyes (1984), Incidente en la Bahía (1985), Puerto de Luz (1987) y El ángel de Torremolinos (1988).
En 2010, la jeune maison d’édition Berenice de Cordoue s’est lancée dans la réédition de la série dont le premier volume, Sábado de Gloria a paru la même année. Suivirent sous des titres légèrement modifiés El cadáver en la Bahía de Cádiz, Golpe de Reyes y Madrid Underground
Seuls deux de ses romans ont été traduits en français à partir de la version anglaise, Corrida dans le Métro (Madrid Underground) et L’assassinat des Canaries (Port of Light) publiés dans la Série Noire en 1982 et 1987 respectivement.
L’histoire de Sábado de Gloria se déroule à Madrid, pendant la semaine sainte – le Sábado de Gloria correspondant à notre samedi saint -  exactement entre le lundi 4 et le vendredi 8 avril 1977, c’est-à-dire à la veille de la légalisation du parti communiste.
Le roman commence avec la chute de son appartement au huitième étage d’un jeune journaliste Raúl López Santos. L’inspecteur du quartier arrivé sur les lieux a des doutes sur ce qui, apparemment, ressemble à un suicide et fait appel à la Brigade criminelle chargée des homicides. Rapidement le commissaire Bernal acquiert la certitude qu’il s’agit bien d’un crime déguisé : les pressions exercées par sa hiérarchie, les tentatives d’assassinat perpétrées contre sa personne, le meurtre de la maîtresse de Santos, les preuves dérobées à l’intérieur même du commissariat,…tout indique qu’il est en train de mettre le nez dans une affaire politique d’importance.
La clé de l’affaire doit se trouver dans des documents que possédait le journaliste, documents qu’il a soigneusement cachés. Les seuls indices que possède Bernal sont une clé, un justificatif de dépôt dans le coffre d’une banque, trois mots « Sábado de gloria » écrits de la mains de Santos et un petit insigne avec trois lettres SDG.
Cela suffira à Bernal pour démasquer une tentative de coup d’état dans laquelle sont mêlés de hauts dirigeants de l’appareil d’Etat et de la hiérarchie militaire. Un coup d’état plutôt rocambolesque, qui devait inclure la prise en otage du prince héritier Felipe, le vol du cercueil de Franco dans la basilique du Valle de los Caídos et la « résurrection » du caudillo devant la foule réunie devant le Palais royal.
Le roman est structuré dans la purel tradition du roman à énigme anglo-saxon. A la différence des romans à énigme espagnols qui apparaîtront plus tard (les romans de Giménez Bartlett, Lorenzo Siva, Eugenio Fuentes,…), le commissaire Bernal ne travaille pas seul ou avec son adjoint, mais bien entouré de toute une équipe de spécialistes de la police scientifique qui utilisent les moyens techniques les plus modernes : ADN, Banques de données,  luminol, …
A la différence aussi des romans criminels espagnols de cette époque, l’enquête est menée par des policiers officiels – même s’il y a des ripoux dans le groupe - et une femme qui fait partie de l’équipe, tous personnages qui auraient été impensables  avant le milieu des années quatre-vingt..
La Madrid dans laquelle il promène son lecteur est une ville vue par un voyageur qui en est amoureux et la voit avec un regard curieux mais aussi avec une certaine distance et non avec le regard que pose un natif comme Vázquez Montalbán ou comme l’inspecteur Méndez de González Ledesma quand ils nous promènent dans leur Barcelone : La Madrid de Serafin, c’est le Paseo del Prado, Alcalá, le Palais de Buenavista, le Palais de Bellas Artes, le quartier de Lavapiés…. En bon guide il va jusqu’à expliquer l’origine de certains noms de rues ; c’est une ville vue par un étranger curieux et au courant des endroits où se faisait l’histoire à cette époque : la Puerta del Sol avec le bâtiment de la sinistre Dirección General de la Seguridad où se pratiquait la torture,  la Plaza Santa Ana avec la Cervecería Alemana, la Glorieta de Bilbao avec le café Comercial, lieux de rendez-vous clandestins des opposants au Régime, la Plaza de Callao où les groupes d’extrême droite venaient créer le désordre,…
Quant au commissaire Bernal, ancien cadet de la guardia civil, un petit gros qui ressemble à Franco, d’où le surnom dont on l’affuble dans le service, il est marié à une bigote, parcimonieuse à l’extrême et qui, de surcroît n’a aucun talent de cuisinière. Aussi Bernal profite-t-il de toutes les opportunités pour trouver des motifs de s’éloigner du domicile conjugal.
En cela il est un peu l’antithèse de Carvalho et du commissaire Maigret.
 
Comme l’indique le titre, Madrid Undergound – El metro de Madrid (Corrida dans le métro, Série Noire, 1983) l’histoire se déroule entièrement dans le métro de Madrid, chaque mini chapitre porte le nom d’une station de métro choisi en fonction du déroulement des événements. Des mannequins qui crachent du sang, puis des cadavres de jeunes femmes et pour conclure, des restes humains apparaissent dans des voitures du métro. C’est manifestement l’œuvre d’un psychopathe, que le commissaire Bernal mettra du temps à découvrir, bien aidé par son équipe et la police scientifique.
S’il y a bien une énigme à résoudre, par sa violence, ses descriptions et l’accumulation des cadavres, le roman est à mi-chemin entre le roman à énigme et le roman noir. Le suspense est maintenu jusqu’au dénouement.
 
L’ambiance est similaire à celle du roman précédent. Chronologiquement, l’histoire contée se situe un mois après celle de Sábado de Gloria et se déroule dans le climat préélectoral qui préside les élections du 15 juin 1977, les premières  élections libres depuis 1936 qui désignent l’assemblée constituante.
 

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