01/05/2015



La trilogie de l’excès de Juan BAS

 

 

 

Les histoires de la trilogie de Juan Bas (1959), qu’il appelle lui-même « trilogie de l’excès » se déroulent essentiellement à Bilbao. Cette trilogie est composée de Alacranes en su tinta, Destino, 2002 (Scorpions pressés, Gallimard, Série noire, 2005), Voracidad, Ediciones B., 2006 et  Ostras para Dimitri, Ediciones B., 2011 (Vade retro Dimitri, Arles, Rouergue, 2013.).

Les trois romans sont orchestrés autour du personnage de Pacho Murga, anti-héros picaresque et peuvent se lire indépendamment.

Scorpions pressés est structuré en trois parties :  Dans la première « La mappemonde de Bilbao » Pacho Murga, tintinophile averti et jouisseur hors normes conte, à la première personne, « irresponsable et un peu con à sa façon » ses beuveries dans les bars de Bilbao et sa rencontre avec Antón Astigarraga Iramendi, un énergumène doublé d’un fin cuisinier avec qui il va ouvrir un restaurant, La Mappemonde[1]. L’écriture est baroque avec des scènes outrancières et une foule de clins d’œil littéraires (Tintin, romans noirs américains,…) et cinématographiques, un peu comme si l’auteur s’était donné des contraintes.

On change de ton et de style avec la deuxième partie intitulée « Confessions d’un goûteur de Franco », confessions dans lesquelles Antón conte, le temps d’un interminable parcours en taxi qui le mène à l’hôpital, un épisode de sa jeunesse au cours duquel il a été lâchement manipulé et trahi par des militants de l’ETA en 1962. Il en fut quitte pour treize ans de coma, ses accès de folie et une longue soif de vengeance. Et quand Antón passera à l’acte, c’est à l’image du personnage : il ne fera pas dans le détail.

Nous ne dévoilerons pas la troisième partie dans laquelle Pacho Murga tente d’empêcher une ultime vengeance d’Antón au musée Gugenheim dans le cadre d’une ambiance breughelienne digne du personnage d’Astigarraga.

 

Dans Voracidad Pacho Murga, toujours aussi démesuré, s’en prend aux nationalismes et plus particulièrement au nationalisme basque, au système, aux médias et surtout à la soif de l’argent. En compagnie de Ricardo Ares dont la devise est « mon estomac est ma patrie. », il côtoie une panoplie de personnages voraces, une vraie cour des miracles : le gourou d’une secte religieuse, deux sœurs jumelles vieilles et folles, un producteur de télévision envahissant et une série de personnages plus grotesques les uns que les autres. Comme dans le roman précédent, le fil conducteur est une histoire de vengeance.

 

Ostras para Dimitri (Vade retro Dimitri, Arles, Rouergue, 2013) conclut la trilogie. L’histoire plutôt cosmopolite commence à la prison canarienne de Salto del Negro où Pacho se lie d’amitié avec Dimitri Urroz, un chef mafieux moitié russe moitié basque comme l’indique son nom. Tout à fait involonrairement il a sauvé la vie de ce Dimitri qui  à sa sortie de prison va le prendre sous son aile, pour le meilleur et pour le pire. En fait, Dimitri, psychopathe sans scrupules a deux faiblesses : il est gourmand -gourmet même - et supersticieux. Pacho, opportuniste, l’a bien compris et il va exploiter ces deux faiblesses. D’une part, grâce à son intervention fortuite de la prison, il devient sa « patte de lapin ». Et pour rester dans les bonnes grâces de Dimitri et espérer devenir en échange patron d’un des multiples restaurants de ce dernier, Pacho va lui concocter des petits plats à base d’huîtres, son mets préféré.

Dimitri et Pacho se retrouvent à Moscou en compagnie du « cousin Yvan » et protégé par une armada de gardes du corps plus balèzes les uns que les autres dont deux moines indépendantistes flagellants ex-membres de l’ETA militaire. Suivant les humeurs de Dimitri, Pacho y est son protégé ou la victime de ses blagues les plus énormes et les plus stupides. Un affrontement avec le clan des « frères siamois » sortis tout droit de la galerie des monstres du cirque Barnum se termine en massacre digne d’un film de série B. Dimitri est contraint de se réfugier dans un village rural de la région de Baztán[2] au Pays basque dans sa famille aux personnages felliniens. Ce retour aux sources se terminera aussi par un massacre digne des Tontons flingueurs. Quant à Pacho, il échappera par miracle – non sans y laisser un bras… et sa montre Rollex - à un attentat d‘Al Qaida au musée Guggenheim.

 

Comme les deux romans précédents, Ostras para Dimitri est un mélange de roman noir, de picaresque et d’esperpento. Les situations y sont rocambolesques – le titre « trilogie de l’excès » que Blas attribue à ces romans n’est pas usurpé. Les clins d’œil et allusions cinématographiques, littéraires, gastronomiques,… foisonnent de Jacques Tourneur à Terminator en passant par Buñuel, de Gongora à Murakami en passant par Machado et Hergé… et beaucoup d’autres encore.

L’humour, depuis l’humour le plus gros (revendiqué) jusqu’à l’humour le plus noir est omniprésent.

Et, en prime, quelques adresses de restaurants spécialisés en préparations d’huîtres à Bilbao mais aussi à Barcelone.

Et une question : pourquoi ce titre Vade retro Dimitri ? Pourquoi ne pas avoir conservé le titre original « Des huîtres pour Dimitri », commande qui revient comme un leitmotiv tout au long du roman ?

 

 

 


[1] Le restaurant « El Mapamundi » dont le nom a été inspiré par le roman s’est ouvert à Bilbao peu de temps après la publication du roman.

 
[2] Cette région sert aussi de décor à la Trilogie de Baztán de Dolores Redondo. Il en sera quesion dans un autre compte-rendu

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