10/05/2015


TONI HILL (Suite), Los Amantes de Hiroshima, Debolsillo, 2014.

 

 

Comme le laissait sous-entendre Buenos suicidas, le troisième roman de Toni Hill, Los amantes de Hiroshima [Les amants de Hiroshima], Debolsillo, 2014, vient se sortir en librairies. Le roman est structuré comme les deux précédents avec un bref prologue qui narre une scène d’amour entre Daniel et Cris qui se termine tragiquement. La mort violente de ces deux personnages sera le fil conducteur de l’enquête principale.

 

Daniel faisait partie d’un groupe de musique appelé Hiroshima. A la suite d’une dispute avec le groupe, ils a fait part de son intention de partir en voyage avec Cris. Depuis, personne n’a plus eu de leurs nouvelles. Chacun faisant sa vie, personne ne s’est inquiété non plus de cette absence de nouvelles.

 

Sept ans après, dans le sous-sol d’un hangar qui servait de lieu de réunion du groupe, on retrouve les squelettes enlacés de deux corps et, à côté de ceux-ci, une somme de dix mille euros.  Les corps ont été recouverts d’un plastique fleuri et les murs décorés de toiles macabres. Bizarremnt, ces tableaux semblent illustrer un des récits intitulé Los amantes de Hiroshima, récit extrait d’un recueil récemment publié dont l’auteur, Santiago Mayart, n’est autre que le professeur de Cris, la meilleure élève de l’atelier d’écriture qu’il animait.

 

Suicide « romantique »  comme Romeo et Juliette ou comme Les amants de Teruel ?

Cela aurait été une possibilité si elle n’était démentie par les traces de violence constatées par le médecin légiste et…parce que le lecteur a lu le prologue.

Crime crapuleux ? Mais alors pourquoi l’assassin ne s’est-il pas emparé de la somme d’argent ? Et pourquoi la présence de ces toiles peintes sur le mur ? Qui en est l’auteur et quand les a-til disposées à cet endroit ?

Crime de jalousie ? Entre Daniel et Cris, il y avait Ferran et ensemble ils formaient une sorte de ménage à trois. Pourquoi Ferran a-til été interné dans un centre psychiatrique ?

 

L’enquête va donc se concentrer sur deux pistes aux multiples ramifications : identifier l’auteur du double crime et découvrir l’origine des dix mille euros.

Bien sûr, très rapidement les choses se compliquent, parfois un peu trop à mon avis. En effet, au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture, d’autres protagonistes entrent en scène, comme l’intervention ex-abrupto d’un ancien agent de la brigade politico-sociale surnommé « L’Ange » par antinomie. Parmi ces personnages il en est qui ne sont pas toujours ce que l’on croit. Cela ne facilite pas la tâche du lecteur qui se trouve devant un puzzle dont il n’est pas toujours évident de trouver la pièce manquante. Le narrateur en est conscient quand il intervient pour partager l’embarras de son lecteur : « L’identité de l’expéditeur [d’une lettre mystérieuse] était une nouvelle interrogation dans une histoire qui en comportait déjà assez » (p. 331)

 

A côté et parallèlement à ces enquêtes se poursuivent les investigations sur la disparition de Ruth, la femme se Salgado. Le dénouement de cette affaire est plus que déroutant pour ne pas dire déconcertant, comme si l’auteur n’avait eu d’autre solution que d’en finir rapidement avec cette histoire. Mais,  à sa décharge, il faut admettre qu’il n’est pas aisé de fermer toutes les pistes ouvertes et conclure pour chacun d’entre elles avec un dénouement vraisemblable et en conformité avec les horizons d’attente du lecteur.

 

En outre, viennent se greffer un arrière-plan social avec les manifestations des indignés et  un arrière-plan historique avec les vols d’enfants dans les maternités pendant les années septante et quatre-vingt.

Si on ajoute encore l’ombre d’Omar qui continue à planer, la relation sentimentale de Salgado avec son adjointe Leire d’abord, avec Lola ensuite, ses interrogations sur ses relations avec son fils adolescent, les problèmes de Leire avec Tomas, le père de son enfant,…cela fait beaucoup de monde et beaucoup d’histoires dans l’histoire – qui n’ont rien à voir avec des mises en abyme – dont la plupart n’apportent pas grand-chose, si ce n’est de ralentir la lecture sans pour autant accroître le suspense.

C’est dommage parce que les deux fils conducteurs, la cause de la mort des amants et l’origine de l’argent trouvé près de leurs corps tiennent le lecteur en haleine jusqu’à leurs dénouements inattendus mais concevables.

 

Au terme de cette dernière histoire, Hector Salgado retourne en Argentine d’où il était venu. Tout ce qu’on peut espérer est qu’il revienne. Avec Salgado, Toni Hill a créé un personnage de policier charismatique, aimé de tous, intelligent, cultivé – c’est un cinéphile averti - humain avec toute la complexité et les connotations qu’implique ce terme : c’est un calme, mais il peut être sujet à des accès de violence face à des êtres abjects, il essaie tant bien que mal de concilier son travail de policier avec son devoir de père, il a ses faiblesses qu’il regrette rapidement, mais trop tard.

 

 

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