26/08/2015



Petros MARKARIS, La trilogie de la crise.

 

L’État grec est la seule mafia au monde qui a  réussi à faire faillite. Toutes les autres croissent et prospèrent.

   (Markaris, Le justicier d’Athènes)

                                            

 

Pour les gens de ma génération, la Grèce, c’était nos souvenirs d’écoles, notre rêve était de voir l’Acropole, les ruines de Corinthe, le Cap Sounion, le théâtre d’Epidaure….Pour la génération suivante, c’était (et cela reste) le soleil, les plages, … Et aujourd’hui, c’est la crise, la tragédie mais dans laquelle les dieux de l’argent ont remplacé ceux de l’Olympe et où l’impérialisme Allemand s’est substitué à celui des empires persan ou ottoman.

On connaît l’histoire de la Grèce, sa littérature aussi, du moins la littérature classique que l’on cite beaucoup mais dont souvent on n’a lu que des fragments. On connaît moins sa littérature moderne, hormis peut-être Vassilis Vassilikos, et Vassilis Alexakis mais ils ont tous deux passé une partie de leur vie en France, on connaît certains poètes comme Odysséas Elytis, Yánnis Rítsos grâce à Theodorakis, mais il n’est plus guère à la mode.

 

L’actualité devrait nous donner l’occasion de (re)lire les remarquables romans de Petros Markaris, scénariste de Theo Angelopoulos, plus particulièrement la trilogie consacrée à la crise grecque qui en plus de vous faire savourer d’excellents romans policiers vous permettra de mieux comprendre les causes et les effets de cette crise.

Markaris a créé le commissaire Charitos en 1995, chef de la brigade des homicides , dans son premier roman policier, Le journal de la nuit, Lattès 1998. Il sera le protagoniste récurrent des romans suivant, dans lesquels Markaris témoigne de l’histoire  grecque des dernières vingt années.

 

Le premier volet Liquidation à la grecque, Seuil/ Policiers, 2012, situe l’histoire en 2010, l’année du mundial. Le roman s’ouvre sur une de ces bisbilles conjugales récurrentes dans le couple que forment le commissaire Kostas Charitos avec sa femme Adriani. Il va marier sa fille et s’énerve à cause du temps que mettent sa femme et sa fille pour se préparer.

Le lendemain du mariage, une nouvelle tombe comme une bombe au commissariat : on vient d’assassiner Zisimópulos, le directeur de la Banque centrale, un assassinat peu banal en 2010 puisqu’il a été décapité. Seul indice, sur la chemise de la victime l’assasin a épinglé une feuille sur laquelle est écrit un D majuscule.

C’est évidemment Charitos qui va être chargé d’une enquête qui lui réservera son lot  de surprises. En effet, ce crime sera suivi de trois autres qui présentent tous le même processus meurtrier, les victimes ont été décapitées à  l’épée.

Ces victimes appartiennent toutes au monde de la finance (banques, agences de notations). En complément de ses crimes, le mystérieux assassin couvre les murs d’Athènes d’affiches et d’autocollants qui appellent les citoyens  à ne plus rembourser leurs dettes aux banques et à ne plus utiliser leurs cartes de crédit. Cet appel à l’incivisme ne met pas seulement le monde de la finance en émoi, mais aussi le monde politique qui met la pression sur les enquêteurs.

L’enquête menée par Charitos et ses équipiers est rendue particulièrement difficile ; face à lui il a affaire à un assasssin particulièrement ingénieux dans l’art de brouiller les pistes ; il doit travailler en partenariat avec le commissaire Stakhatos, un incompétent qui ne croit qu’à la piste terroriste ; et au-dessus, il doit constamment rendre compte à son supérieur hiérarchique, Guikas qui fuit les responsabilités et s’écrase devant le pouvoir politique.

Le justicier d’Athènes, Seuil/ Policiers, 2013, est construit suivant le même modus operandi : trois crimes commis au moyen d’une fléchette enduite de ciguë, pour rappeler aux Grecs d’ajourd’hui que leurs ancêtres savaient punir, eux, trois victimes appartenant à une même catégorie, celle des fraudeurs fiscaux, et un mystérieux assassin qui enjoint ses victimes de payer dans les cinq jours les impôts qu’ils doivent à l’Etat sinon ils seront exécutés. Ce courrier est signé « Le percepteur national ».  La police est sur les dents et le ministre des finances ne sait à quel saint se vouer. En dix jours, le Trésor public encaissera 7.800.000 €.

L’affaire se corse quand l’autoproclamé «  percepteur national » propose à l’Etat dont le système fiscal a prouvé son inefficacité de poursuivre ses efforts moyennant un pourcentage sur les rentrées.

L’enquête se révélera non seulement compliquée, mais surtout délicate parce que la population prend fait et cause pour l’assassin élevé au rang de héros national et que son arrestation pourrait donner lieu à des émeutes.

Comme dans le roman précédent l’assassin se joue de la police et ridiculise l’Etat.

Pain, éducation, liberté, Seuil/ Policiers, 2014 était le slogan scandé par les étudiants lors de l’occupation de l’École polytechnique d’Athènes en novembre 1973 quand la Grèce était sous la coupe de la dictature des colonels.

Cette fois les trois victimes ont en commun leur engagement antifasciste lors de cette époque. La dictature renversée, ils  accèdent aux rênes du pouvoir dans un gouvernement de gauche. Mais au lieu de mettre leurs compétences au service du peuple et de concrétiser leurs idéaux de justice sociale, certains d’entre eux les utilisent pour servir leurs propres intérêts en écartant sans égards tous ceux qui pourraient leur faire de l’ombre, y compris leurs anciens camarades de leur jeunesse militante. Markaris avait déjà abordé ce thème dans Le Che s’est suicidé paru en 2003.

Quant à l’exécution des victimes, le processus est le même : un message enregistré sur le téléphone portable de la victime se déclenche à distance quand la police fouille la victime.

La trilogie nous brosse un tableau de la crise grecque et de ses conséquences sociales : hausse du cômage, dimintution drastique des rémunérations et des pensions, pertes d’emplois, pauvreté, suicides, exode vers les campagnes, grèves, manifestations quotidiennes (pensionnés, indignés, fonctionnaires, syndicats,…) avec les embouteillages qui s’ensuivent qui paralysent la ville et donnent bien du souci au commissaire Charitos pour remplir ses missions.

 

 

Romans antérieurs

 

                  Journal de la nuit, (1995), Paris, J.-C. Lattès, coll. Suspense & Cie, 1998; réédition, , Le Livre de poche, 2000.

Une défense béton, (1998), Paris, J.-C. Lattès, coll. Suspense & Cie, 2001.

Le Che s’est suicidé (2003), Paris, Seuil, 2007 ; réédition, Paris, Points 2007.

                  Actionnaire principal, (2006), Paris, Seuil, 2009) ; réédition sous le titre Publicité meurtrière, Points, 2010.

L’Empoisonneuse d’Istanbul, (2008), Paris, Seuil, coll. Seuil Policiers, 2010.

 

 

 

 

 

 

 

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