06/03/2016

Jon ARRETXE 

 

Juegos de cloaca, Erein, cosecha roja,, 2015. [Le tout-à-l’égout]. Non traduit

 

Le vieillard cloua son regard sur moi pendant un moment,  agita les cauris, les lança sur le sol et les observa fixement pendant quelques instants. Il en tira une conclusion plus vite que nous l’avions espéré. Je vois du sang autour de toi - dit-il sans relever les yeux. (p.97)[1]

 

 

Sombras de la nada [Ombres du néant] se terminait très mal pour Touré, le premier détective noir du roman criminel espagnol, antihéros de 19 cámaras [19 caméras de surveillance ] et de 692  €uros.

 

Quand commence Juegos de cloaca, Touré est devenu un vagabond, il a toutes les apparences d’un drogué ou d’un ivrogne, les yeux injectés de sang, le regard vide.

Le quartier de la Petite Afrique n’est plus le même avec l’arrivée d’une mafia nigériane qui terrorise ses habitants.

 

Comme il croise une procession de Semaine Sainte, Touré reconnaît les assassins de sa fille et de son bébé. Fou de rage, il les poursuit, à coups de couteau, il en tue un et blesse l’autre. La police l’arrête et, après une brève incarcération, au lieu de le remettre à un juge, l’expulse d’Espagne.

Quand il débarque de l’avion, il a la mauvaise surprise de constater qu’il n’est pas au Ouagadougou, mais bien  à Bamako

Heureusement, il a un contact dans la capitale du Mali et immédiatement la solidarité africaine se met en route. On lui offre le gite et le couvert le temps qu’il faudra pour qu’il trouve une opportunité de rentrer au Burkina Faso. Les premiers jours, avec ses amis et les amis de ses amis, il fait la tournée des grands ducs et découvre tous les endroits branchés de Bamako.

Mais c’était trop beau pour être vrai. Très vite les choses prennent une mauvaise tournure. Les Nigérians ont retrouvé sa piste et le suspense commence. Comment ont-ils fait pour le retrouver ? N’a-t-il pas eu la langue trop bien pendue ? Y-a-t’il un mouchard dans le cercle de ses relations ?  A-t-il été dénoncé par la police ? La première conséquence est qu’il n’est plus question de retourner au Burkina ce qui mettrait sa famille en danger. Bien malgré lui, il devra rester au Mali.

A Bamako, la situation devient intenable. Il est poursuivi, ses amis sont poursuivis et le sang commence à couler conformément à la prédixtion des cauris. Il ne voit pas comment sortir d’affaire. D’autant moins qu’il n’ose plus faire confiance à ses amis ni aux voisins. Par conséquent, il ne sait où se cacher.

Sans révéler les péripécies de Touré ni comment il est parvenu à échapper à ses sicaires, je dirai que, grâce aux astuces inconcevables dans un contexte autre que celui de l’ingéniosité africaine, Touré parviendra à rejoindre Bilbao en transitant par Paris.

De retour à la Petite Afrique, il retrouve ses amis fidèles mais aussi les Nigérians déterminés à ne pas lâcher leur proie.

 

Le roman se termine avec  un double dénouement, le premier qui met un terme au volet nigérian, est horrible  et atroce, le deuxième est inquiétant parce que la police feint de n’avoir rien vu. Signe avant - coureur d’une suite. ?

 

Juegos de cloaca ne déçoit pas les horizons d’attente du lecteur. Il y a même des pages que l’on peut qualifier d’anthologie comme quand Touré poursuit le Nigérian au milieu de la procession des pénitents encapuchonnés, sa fuite à travers le marché de Bamako pour échapper à ses poursuivants, scènes aussi très cinématographiques.

 

Juegos de cloaca s’inscrit dans la coninuité des trois romans antérieurs. On y retrouve le contrôleur des caméras de surveillance, Oman et ...... les amis fidèles, le bar Berebar, les superstitions..... Les allusions aux événements de Sombras de la nada sont d’ailleurs fréquentes.

 

Juegos de cloaca, de même que les trois romans autres romans – et de la majorité des romans que Arretxhe a publiés auparavant d’après ce que j’en sais – en plus d’être un roman noir, est un roman social qui nous montre l’Afrique telle qu’elle est. Si Touré est un étranger en Espagne, il l’est également en Afrique où il se voit confronté à une autre réalité, avec des similitudes avec la culture de la Petite Afrique de Bilbao, mais à une plus grande échelle : la lutte pour survivre côtoie étroitement le  milieu des parvenus de leurs voitures haut des gamme et de leur luxe ostentatoire ; la corruption, la violence, la méfiance sont partout...et même la solidarité omniprésente devient souvent pesante et fatigante. 

 

Comment Touré se sortira-t-il du nouveau guêpier dans lequel il est tombé ? Ce sera sans doute argument du prochain roman de cette saga.

 

 



[1] C’est moi qui souligne.

02/03/2016

Ramiro PINILLA

 

 

Le Figuier, Paris, Le temps des cerises, 2016, Traduction  de l’espagnol, par Nicole Reda-Euvremer.

A ma connaissance Le Figuier (La higuera, Tusquets, 2006) est le seul roman de Pinilla traduit en français. On ne peut que se réjouir de la réparation de cet oubli car il s’agit sans aucun doute du meilleur roman de cet auteur basque qui écrit en langue espagnole.

Il s’inscrit dans la thématique du « devoir de mémoire » et il parut précisément à l’époque où, un peu partout en Espagne, on ouvrait les fosses communes dans lesquelles les vainqueurs avaient jeté des milliers de « rouges » ou supposés tels.

C’est l’histoire d’un homme, Rogelio Cerón qui, durant des années, de 1937 à 1966, a vécu isolé, consacrant ses jours et ses nuits à arroser un figuier. Considéré, selon les circonstances, d’abord comme un fou, puis comme un saint ermite, ensuite comme une attraction touristique, il sera finalement considéré comme un témoin dangereux au point qu’il sera assassiné.

Après la conquête du Pays basque par les troupes franquistes, des groupes de phalangistes procédèrent à l’épuration des « rouges ». Lors de sa participation à une de ces expéditions nocturnes, Rogelio Cerón a assisté à l’exécution de l’instituteur de Getxo et de son fils âgé de seize ans, exécution qui eut lieu en présence de l’autre fils, Gabino, un gamin de dix ans. Le regard de haine de cet enfant est resté gravé dans la mémoire de Rogelio comme un message de mort. Cette conviction s’accentue quand il se rend compte que c’est ce même enfant qui a enterré les fusillés et qui a planté à cet endroit un figuier qu’il vient arroser toutes les nuits. Rogelio, par peur et par souci d’éviter la malédiction veille à ce que soit respecté le lieu.

Il obtiendra que l’enfant aille faire des études au séminaire parce que, pense-t-il, « Les  curés ne tuent pas »[1]

Au fil des ans et au gré de l’évolution de la politique de Franco, l’image que la population se fait de Rogelio évolue. La sépulture qu’il protège risque de rappeler des crimes que certains ont intérêt à faire oublier. C’est que les temps ont changé : « Et comme les temps ont changé, il se trouve que ce que nous faisions sans devoir nous dissimuler, on ne peut plus le faire maintenant [¼] qu’est-ce qui arriverait si les petits shérifs et les capitalistes que fréquente Pedro Alberto venaient à se souvenir de ce qui se passait ces nuits-là dans nos villages ? [¼]. Il ne s’agit pas de savoir, mais de se rappeler. Parce que tous savent ce que nous faisions ; ils nous utilisaient pour faire le sale travail pendant qu’eux se cachaient et donnaient de l’argent pour la cause… »[2]

Le figuier ne sera pas abattu. Le maire trouvera un alibi qui permette à la mémoire et à l’oubli de faire bon ménage : le figuier sera englobé dans un jardin botanique (une façon de gommer sa force symbolique) qui sera néanmoins ouvert au public, selon la volonté du curé don Gabino (une façon de perpétuer le souvenir en se donnant bonne conscience).

Le roman est divisé en trois parties, toutes trois écrites à la première personne : la voix de Mercedes Azcorra, une habitante de Getxo qui ouvre et ferme le récit et celle de Rogelio qui occupe la plus grande partie du livre.

Ramiro Pinilla  (1923-2014) a joui d’un certain succès jusque dans les années soixante, décennie au cours de laquelle il reçut le prix Nadal et le prix de la critique respectivement en 1960 et 1961 avec le roman Las ciegas hormigas [Les fourmis aveugles] publié aux éditions Destino. Pinilla continua à écrire, mais ses livres publiés dans des maisons d’édition peu connues ne bénéficièrent pas d’une grande diffusion et, durant quelques années, il tomba dans l’oubli.

Parmi ses œuvres, il convient de signaler Antonio B… el Rojo (Albía, 1977) qui a été réédité en 2007 aux éditions Tusquets sous le titre, Antonio B. El Ruso, ciudadano de tercera. [Antonio B. le Russe, citoyen de troisième catégorie]

Il s’agit d’une biographie romancée telle que le protagoniste la raconta à l’auteur, l’histoire authentique d’un paysan de la région de Cabrera, dans la province de Leon, une région misérable, ignorée par la civilisation  qui à la différence de Las Hurdes  n’a pas eu son Buñuel et son documentaire filmé en 1932, Las Hurdes, tierra sin pan (Terre sans pain).

C’est la vie effroyable d’ Antonio  condamné à voler pour survivre,  pendant les années du franquisme. Il décrit les conditions de vie inhumaines, quasi animales d’une population non seulement arriérée mais en plus exploitée par les pouvoirs religieux, civils et militaires. 

Dans le prologue à l’édition de 2007, Pinilla explique longuement la genèse de ce roman, les difficultés qu’il rencontra jusqu’en 1977 pour qu’un éditeur accepte de le publier,… (son entretien avec Antonio eut lieu en 1973)

Cette récupération d’un roman oublié eut comme conséquence le succès  énorme et inattendu d’une oeuvre monumentale Verdes valles, colinas rojas à laquelle Pinilla a consacré vingt années de sa vie. Il s’agit d’une vaste fresque épico-lyrique de 3500 pages, que l’on a rapidement qualifiée de « Le roman d’Euskadi » répartie en trois volumes, La tierra convulsa [La terre ravagée] Tusquets, 2004, Los cuerpos desnudos [Les corps nus ]et Las cenizas del hierro[ Les cendres du fer], Tusquets, 2005.

Pinila est aussi l’auteur de trois romans noirs.

Sólo un muerto más, 2009 [Rien qu’un mort de plus], est le premier jalon d’une trilogie dont le protagoniste, narrateur-auteur est Sancho Bordaberri, libraire à Getxo[3]. Il s’identifie à Sam Spade, le personnage de Dashiell Hammett en se faisant appeler Samuel Esparta.

L’histoire de El cementerio vacío [Le cimetière vide] 2013 se déroule sur fond d’une légende basque  selon laquelle les morts inhumés dans ce cimetière marin passent de leurs tombes à la mer.

Samuel Esparta. reçoit l’aide du commissaire de police, pourtant franquiste, mais qui a aimé Sólo un muerto más et suit avec intérêt la façon dont notre détective amateur mène ses investigations.

Le troisième volet, le meilleur à mon avis, Cadáveres en la playa  [Cadavres sur la plage] sorti en librairies le jour même du décès de Pinilla le 23 octobre 2014 se situe en 1972. Un phénomène naturel a pour conséquence que la marée emporte de plus en plus le sable de la plage, ce qui inquiète les autorités : la diminution de la couche de sable pourrait mettre à jour les restes de neufs habitants de Getxo exécutés à cet endroit par les franquistes en 1937.

Ces trois romans relèvent à la fois du roman noir (dans la mesure où le narrateur s’identifie à Sam Spade), du roman à énigme (dans la mesure où le narrateur constate qu’il n’est qu’un produit de Agatha Christie ou de S.S. Van dyne) et du roman métalittéraire (dans la mesure où ce que le lecteur lit est le roman en train de se faire), ce qui fait l’originalité de cette trilogie.

Ils s’inscrivent aussi dans le devoir de mémoire, surtout le dernier : les cadavres enterrés sous le sable évoquent les fosses communes, les exécutions sommaires,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] R. Pinilla,  La higuera, op. cit., pp.139, 141 et 153.

[2] R. Pinilla,  Ibid., p. 209. C’est moi qui traduis.

[3] Getxo est le village natal de Pinilla dans lequel il situe  la plupart de ses histoires.

01/03/2016

Ramiro PINILLA

 

 

Le Figuier, Paris, Le temps des cerises, 2016, Traduction  de l’espagnol par Nicole Reda-Euvremer.

 

A ma connaissance Le Figuier (La higuera, Tusquets, 2006) est le seul roman de Pinilla traduit en français. On ne peut que se réjouir de la réparation de cet oubli car il s’agit sans aucun doute du meilleur roman de cet auteur basque qui écrit en langue espagnole.

 

Il s’inscrit dans la thématique du « devoir de mémoire » et il parut précisément à l’époque où, un peu partout en Espagne, on ouvrait les fosses communes dans lesquelles les vainqueurs avaient jeté des milliers de « rouges » ou supposés tels.

 

C’est l’histoire d’un homme, Rogelio Cerón qui, durant des années, de 1937 à 1966, a vécu isolé, consacrant ses jours et ses nuits à arroser un figuier. Considéré, selon les circonstances, d’abord comme un fou, puis comme un saint ermite, ensuite comme une attraction touristique, il sera finalement considéré comme un témoin dangereux au point qu’il sera assassiné.

 

Après la conquête du Pays basque par les troupes franquistes, des groupes de phalangistes procédèrent à l’épuration des « rouges ». Lors de sa participation à une de ces expéditions nocturnes, Rogelio Cerón a assisté à l’exécution de l’instituteur de Getxo et de son fils âgé de seize ans, exécution qui eut lieu en présence de l’autre fils, Gabino, un gamin de dix ans. Le regard de haine de cet enfant est resté gravé dans la mémoire de Rogelio comme un message de mort. Cette conviction s’accentue quand il se rend compte que c’est ce même enfant qui a enterré les fusillés et qui a planté à cet endroit un figuier qu’il vient arroser toutes les nuits. Rogelio, par peur et par souci d’éviter la malédiction veille à ce que soit respecté le lieu.

Il obtiendra que l’enfant aille faire des études au séminaire parce que, pense-t-il, « Les  curés ne tuent pas »[1]

 

Au fil des ans et au gré de l’évolution de la politique de Franco, l’image que la population se fait de Rogelio évolue. La sépulture qu’il protège risque de rappeler des crimes que certains ont intérêt à faire oublier. C’est que les temps ont changé : « Et comme les temps ont changé, il se trouve que ce que nous faisions sans devoir nous dissimuler, on ne peut plus le faire maintenant [¼] qu’est-ce qui arriverait si les petits shérifs et les capitalistes que fréquente Pedro Alberto venaient à se souvenir de ce qui se passait ces nuits-là dans nos villages ? [¼]. Il ne s’agit pas de savoir, mais de se rappeler. Parce que tous savent ce que nous faisions ; ils nous utilisaient pour faire le sale travail pendant qu’eux se cachaient et donnaient de l’argent pour la cause… »[2]

 

Le figuier ne sera pas abattu. Le maire trouvera un alibi qui permette à la mémoire et à l’oubli de faire bon ménage : le figuier sera englobé dans un jardin botanique (une façon de gommer sa force symbolique) qui sera néanmoins ouvert au public, selon la volonté du curé don Gabino (une façon de perpétuer le souvenir en se donnant bonne conscience).

 

Le roman est divisé en trois parties, toutes trois écrites à la première personne : la voix de Mercedes Azcorra, une habitante de Getxo qui ouvre et ferme le récit et celle de Rogelio qui occupe la plus grande partie du livre.

 

Ramiro Pinilla  (1923-2014) a joui d’un certain succès jusque dans les années soixante, décennie au cours de laquelle il reçut le prix Nadal et le prix de la critique respectivement en 1960 et 1961 avec le roman Las ciegas hormigas [Les fourmis aveugles] publié aux éditions Destino. Pinilla continua à écrire, mais ses livres publiés dans des maisons d’édition peu connues ne bénéficièrent pas d’une grande diffusion et, durant quelques années, il tomba dans l’oubli.

 

Parmi ses œuvres, il convient de signaler Antonio B… el Rojo (Albía, 1977) qui a été réédité en 2007 aux éditions Tusquets sous le titre, Antonio B. El Ruso, ciudadano de tercera. [Antonio B. le Russe, citoyen de troisième catégorie]

Il s’agit d’une biographie romancée telle que le protagoniste la raconta à l’auteur, l’histoire authentique d’un paysan de la région de Cabrera, dans la province de Leon, une région misérable, ignorée par la civilisation  qui à la différence de Las Hurdes  n’a pas eu son Buñuel et son documentaire filmé en 1932, Las Hurdes, tierra sin pan (Terre sans pain).

C’est la vie effroyable d’ Antonio  condamné à voler pour survivre,  pendant les années du franquisme. Il décrit les conditions de vie inhumaines, quasi animales d’une population non seulement arriérée mais en plus exploitée par les pouvoirs religieux, civils et militaires. 

Dans le prologue à l’édition de 2007, Pinilla explique longuement la genèse de ce roman, les difficultés qu’il rencontra jusqu’en 1977 pour qu’un éditeur accepte de le publier,… (son entretien avec Antonio eut lieu en 1973)

 

Cette récupération d’un roman oublié eut comme conséquence le succès  énorme et inattendu d’une oeuvre monumentale Verdes valles, colinas rojas à laquelle Pinilla a consacré vingt années de sa vie. Il s’agit d’une vaste fresque épico-lyrique de 3500 pages, que l’on a rapidement qualifiée de « Le roman d’Euskadi » répartie en trois volumes, La tierra convulsa [La terre ravagée] Tusquets, 2004, Los cuerpos desnudos [Les corps nus ]et Las cenizas del hierro[ Les cendres du fer], Tusquets, 2005.

 

Pinila est aussi l’auteur de trois romans noirs.

Sólo un muerto más, 2009 [Rien qu’un mort de plus], est le premier jalon d’une trilogie dont le protagoniste, narrateur-auteur est Sancho Bordaberri, libraire à Getxo[3]. Il s’identifie à Sam Spade, le personnage de Dashiell Hammett en se faisant appeler Samuel Esparta.

 

L’histoire de El cementerio vacío [Le cimetière vide] 2013 se déroule sur fond d’une légende basque  selon laquelle les morts inhumés dans ce cimetière marin passent de leurs tombes à la mer.

Samuel Esparta. reçoit l’aide du commissaire de police, pourtant franquiste, mais qui a aimé Sólo un muerto más et suit avec intérêt la façon dont notre détective amateur mène ses investigations.

 

Le troisième volet, le meilleur à mon avis, Cadáveres en la playa  [Cadavres sur la plage] sorti en librairies le jour même du décès de Pinilla le 23 octobre 2014 se situe en 1972. Un phénomène naturel a pour conséquence que la marée emporte de plus en plus le sable de la plage, ce qui inquiète les autorités : la diminution de la couche de sable pourrait mettre à jour les restes de neufs habitants de Getxo exécutés à cet endroit par les franquistes en 1937.

 

Ces trois romans relèvent à la fois du roman noir (dans la mesure où le narrateur s’identifie à Sam Spade), du roman à énigme (dans la mesure où le narrateur constate qu’il n’est qu’un produit de Agatha Christie ou de S.S. Van dyne) et du roman métalittéraire (dans la mesure où ce que le lecteur lit est le roman en train de se faire), ce qui fait l’originalité de cette trilogie.

Ils s’inscrivent aussi dans le devoir de mémoire, surtout le dernier : les cadavres enterrrés sous le sable évoquent les fosses communes, les exécutions sommaires,



[1] R. Pinilla,  La higuera, op. cit., pp.139, 141 et 153.

[2] R. Pinilla,  Ibid., p. 209. C’est moi qui traduis.

[3] Getxo est le village natal de Pinilla dans lequel il situe  la plupart de ses histoires.