03/08/2016

Rafael BALANZÁ (2)

 

Encore un auteur à découvrir et à traduire (suite).

 

La noche hambrienta [La nuit dévoratrice]

 

S’il y a une parenté évidente entre ce roman et le précédent, rien ne relie La noche hambrienta, Siruela, 2011, à Los asesinos lentos. Siruela, 2010. Bien qu’il s’agisse d’une trilogie, La noche hambrienta,  hormis quelques détails très anecdotiques, n’est donc pas une continuation de la première histoire. Le lien entre les trois volets est un lien thématique.

 

L’histoire se situe dans un hôpital psychiatrique et commence in media res : le premier chapitre s’intitule « deuxième séance ».

Julián Beltrán, le protagoniste s’est accusé à la police d’avoir assassiné sa femme Marian dans un contexte pour le moins extravagant : « J’ai tué ma femme en suivant millimétriquement ses instructions [dictées par son ami Amando ] J’ai suivi ses instructions à la lettre. Ses instructions étaient très précises. Et tout s’est bien terminé, comme vous le savez... »  (p.16)

Mais voila, personne ne croit cette version. Les experts qui ont enquêté sur les circonstances de la mort de Marian sont formels : il s’agit bien d’un accident de circulation. Comme cet Amando est introuvable  et que, dans la suite, Beltrán confessera à la psychiatre qui le soigne qu’il a tué cet ami vingt ans avant quand ils étaient associés dans des affaires de trafic de drogue au Vénézuela, sa version n’est pas crédible. Elle l’est d’autant moins qu’il donne des détails très précis et plausibles sur les circonstances du crime : le modus operandi (horrible), les lieux, les témoins,...

Pourtant il s’entête. Il prétend qu’il a bien revu  Amando, qu’il a eu une longue conversation avec lui dans le bathyscaphe qu’il a acheté au Panama ; que, au cours de cette conversation Amando lui a parlé des intentions malveillantes de Marian à son égard (le spolier de ses biens,  l’éloigner de son fils...); qu’il lui a suggéré de se débarrasser d’elle (à moins que ce ne soit lui qui en ait eu l’idée). Bref, les psychiatres sont de plus en plus perplexes. D’autant plus que cet Amando réapparaît aussi régulièrement et inopinément qu’il disparaît et que  Julián avoue qu’il ne sait plus très bien s’il l’a tué ou non au Vénézuéla. Peut-être a-t-il survécu ?. Et les “retours” d’Amando n’améliorent pas les choses. Y a-t-il une confusion entre ses rêves - ou plutôt ses cauchemars – et la réalité ?

 

Parmi les événements narrés, certains sont présentés comme vrais: il est soigné dans un institut psychiatrique, sa femme est bien morte dans un accident de la route, et il a un flls. Il a passé un moment de sa vie au Vénézuela où il a eu Amando comme associé.

En ce qui concerne le reste, la frontière entre le vrai, le vraisemblable et l’imaginaire est floue, voire inexistante tant le discours de Julián est logique quand il narre les situations les plus absurdes. C’est bien ce qui déconcerte le lecteur tout en maintenant le suspense.

 

Le titre est explicite : « Savez-vous comment un océanographe que j’ai connu à Panama définissait les fosses abyssales ? La nuit dévoratrice» (p. 93)

 

Et c’est bien à une descente aux enfers que vit Julián symbolisée par le bathyscaphe. Tel le Stravoguine de Dostoievski il s’est accusé à la police d’un crime qu’il n’a pas commis. Depuis, il vit avec un sentiment de culpabilité qui hante ses jours et ses nuits et déforment la réalité. Avec un sentiment de peur aussi, une peur qui lui fait considérer la mort comme un refuge et la clinique comme un refuge contre les forces du mal.

 

Parmi les personnages secondaires, il y a Fabio, le fils de Julián, Ana Perea, la psychiatre qui mène les entretiens avec Julián et ses deux confrères aux comportements infantiles.

 

Comme je l’écrivais au début, si La noche hambrienta n’est pas la suite de l’histoire  de Los asesinos lentos, il y a des points communs.

De même que Valle venait  s’immiscer dans la vie de Cáceres dans Los asesinos lentos, Amando s’immisce dans celle de Julián dans La noche hambrienta perturbant ainsi l’équilibre psychologique de leurs victimes.

Comme dans Los asesinos lentos, il y a des histoires dans l’histoire, celle de ce menteur pathologique, qui raconte à Julián comment il a tué sa femme et sa fille avec une foreuse; celle de l’assassinat d’Amando.

Il y a l’intertextualité (Dante,  Sade, Dostoievski,  Piaget, Camus, Hitckock ,...).

Il y a des crimes sanglants, vrais ou imaginaires (Marian, Amando) dignes d’un thriller. Rafael Balanzá, dans un entretien paru dans Culturamas, qualifie d’ailleurs  lui-même La noche hambrienta comme un « roman psychologique déguisé en thriller. »

Et il y a aussi, pour l’anecdote,  la galerie commerciale Goldmare.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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