10/04/2017


STEMBERT Rodolphe


La trilogie de Rosa Ribas et Sabine Hofmann : Don de Lenguas, El gran frío, Azul marino.

 

Rosa Ribas et Sabine Hofmann viennent de mettre un terme à la trilogie dont les histoires se déroulent au début des années cinquante avec, comme principale protagoniste, la journaliste Ana Martí.

De ces trois romans, Don de lenguas, El gran frío [Un froid glacial] et Azul marino [Bleu marine] parus aux éditions Siruela respectivement en 2013, 2014 et 2016. Seul Don de lenguas (cfr. critique de ce roman dans ce blog), a été traduit en français sous le titre La mort entre les lignes, Seuil, 2015.

 

Bien que publiés dans la collection Siruela/Policíaca, ces trois romans s’inscrivent dans une autre perspective, celle du devoir de mémoire, surtout le dernier volet dans lequel l’aspect policier sert surtout d’alibi à rappeler les infamies du franquisme.

 

Pour rappel Ana Marti est une jeune journaliste de La Vanguardia dans  Don de lenguas. Son frère a été fusillé et son père, un des meilleurs journalistes de ce journal, a été démis de ses fonctions par le Régime.

 

Dans le premier volet,  Don de lenguas, son directeur la charge de couvrir l’enquête que mène la police sur l’assassinat de la veuve d’un médecin de renom. Son rôle, très encadré, consiste à mettre en évidence l’efficacité de la police et de donner une bonne image de la ville de Barcelone à la veille d’accueillir le Congrès Eucharistique. Etant donné que l’affaire implique des personnes de la haute bourgeoisie barcelonaise, il convient de marcher sur des œufs et de ne pas créer de remous.

Le corps du présumé assassin étant retrouvé noyé, l’enquête officielle conclut à un suicide, ce qui permet à l’inspecteur Castro de classer l’affaire et d’espérer un avancement pour son efficacité.

 

Mais Ana, qui s’est piquée au jeu, a découvert un échange de lettres entre la victime et un certain Abel Mendoza, « suicidé ». C’est là que va commencer le rôle de Beatriz Noguer. Au terme d’une très fine analyse de textes, Beatriz, en  bonne philologue, découvre que les lettres reçues par la veuve sont l’œuvre de deux expéditeurs, ce qui, non seulement détruit la thèse de la police mais risque de mettre en cause de hautes personnalités.

Le roman qui avait commencé sur un rythme propre à beaucoup de romans d’intrigues voit ce rythme s’accélérer quand il se transforme en roman noir, avec la traque des deux femmes, la violence, les menaces de morts et le meurtre d’une pauvre innocente, ce qui contribue à relancer le suspense.

Ana est toujours secondée par son amie, la philologue Beatriz Noguer, bien que rien ne relie ces deux femmes au monde de la criminalité. Ce sont deux idéalistes qui se voient comme deux détectives passionnées de romans à énigme anglais. L’une, Ana, joue sur son intrépidité, l’autre, Beatriz, utilise ses qualités de philologue. Ana peut aussi compter sur le soutien discret et prudent de l’inspecteur Isidro Castro de la Brigade criminelle.

 

Don de lenguas relève aussi du roman historique dans la mesure où, comme beaucoup de romans qui s’inscrivent dans le courant du devoir de mémoire, il décrit le climat qui régnait dans les années cinquante : exclusion du travail pour ceux qui avaient exercé une fonction du temps de la République, exclusion qui s’étendait jusqu’à leurs enfants, voire à ceux qui montraient peu d’enthousiasme pour le Régime. Cette obsession d’éliminer tout ce qui n’est pas conforme au Régime est poussée jusqu’à l’absurde avec l’exclusion de termes lexicaux :  « Rouge ne s’emploie plus que pour désigner les communistes… le Petit Chaperon rouge s’appelle maintenant le Petit Chaperon écarlate… »[1], et à la modification de la toponymie officielle : la Bibliothèque de Catalogne est rebaptisée Bibliothèque Centrale, remplacement de noms de rues,...

 

L’histoire de El gran frío, Siruela, 2014. [Un  froid glacial]. se déroule en février 1956. Ana a quitté son emploi à La Vanguardia. Après pas mal de refus dans sa recherche d’un autre emploi dans la presse à cause de sa double condition de femme et de fille d’une famille de « rouges », elle est finalement engagée par un hebdomadaire populaire, El Caso, un « fleuron »  de la presse à sensation franquiste[2] spécialisé, comme  Détective en France, dans  la relation des crimes les plus sanglants et les affaires les plus morbides. Avec l’accord du directeur, elle y publiera ses articles sous un pseudonyme.

Elle est envoyée dans le Maestrago, une région perdue de l’Aragon pour faire un reportage sur une gamine qui présenterait les stigmates du Christ. C’est peu dire que cette mission n’enthousiasme guère une Ana peu encline à croire aux miracles ni son directeur d’ailleurs, ce reportage pouvant se révéler être un chausse-trape dans le contexte officiel ultra catholique : ou bien il s’agit d’un vrai miracle, ce qui conforterait le Régime et l’Eglise, ou bien il s’agit d’une imposture montée par les autorités de la région pour en faire un lieu de pèlerinage et la dénonciation de cette imposture pourrait coûter cher à celui qui la révèlerait. 

En outre cet hiver est particulièrement rigoureux. Comme  Ana ne dispose pas du véhicule du journal, elle est contrainte à rester plus de temps que prévu dans le village isolé par la neige.

En bonne journaliste professionnelle, elle mène ses investigations comme elle l’entend sans se laisser influencer par les bonnes âmes qui  proposent leur aide : le curé, les autorités, les villageois.

Ce séjour prolongé va lui permettre de découvrir non seulement qu’il s’agissait bien d’une imposture, mais de déceler des affaires bien plus graves et bien plus sordides. Ces révélations lui vaudront l’hostilité du curé, évidemment, mais aussi celle de ces villageois qui ne voient pas d’un bon œil l’exhumation de secrets bien protégés, d’autant plus qu’il s’ensuit des morts aussi mystérieuses que violentes qui s’ajoutent au malaise régnant. La situation devient tellement tendue que Ana commence à craindre pour son intégrité physique.

 

En recourant à la symbolique de la claustration avec le repli sur soi qu’elle implique , à la symbolique du froid qui paralyse et en montrant la manipulation de la religion au service des pouvoirs ecclésiastique et politique, les auteures confèrent au roman une dimension qui dépasse le cadre de l’Espagne franquiste, une dimension plus universelle. (pensons aux dérives de la Turquie d’Erdogan, au fanatisme des islamistes soumis au pouvoir de Daesh,...).

 

Et, cerise sur le gâteau, très subtilement et jamais gratuitement, les auteures – toutes deux professeures – ajoutent une note culturelle dont se charge Beatriz, « la conscience linguistique » d’Ana en évoquant d’autres lectures. Garcilaso, Sánchez Ferlosio, Miguel Unamuno…, en établissant des rapports avec l’Histoire rappelant par exemple comment Fray Luis de Granada était  tombé dans le panneau en faisant crédit à l’histoire de La nonne de Lisbonne.

Ces petites touches culturelles distribuées avec modération, ne sont pas pour déplaire, tout comme le détournement de la chanson infantile El patio de mi casa devenue La chanson du monstre dans la bouche du petit Mauricio, chanson qui va se révéler être la solution de l’énigme. 

 

Si El gran frío peut se lire comme une suite à Don de lenguas : mêmes protagonistes (Ana et Beatriz), même milieu professionnel (la presse), les deux romans peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre.

 

L’action de Azul marino se déroule à Barcelone en 1952. On est en pleine guerre froide. Dans ce contexte, l’image que se font les Etats-Unis de l’Espagne devenait intéressante. : géographiquement, l’Espagne occupe une situation stratégique. C’est ce qui explique que la sixième flotte américaine fasse escale à Barcelone.

 

C’est dans ce cadre que s’ouvre Azul marino. Un marin américain a été tué dans une bagarre avec des Espagnols dans un bordel du Barrio Chino. Sale affaire pour le commissaire Goyanes, phalangiste pur et dur qui craint des implications politiques qui pourraient lui coûter son poste. Et pas moyen d’arguer que l’enquête relève de la compétence des autorités américaines parce que le marin a été tué vraisemblablement par un Espagnol et sur le sol espagnol. Les Américains exigent cependant de collaborer, ce qui plaît encore moins à Goyanes qui déteste les Américains pour leurs manières, leur sans-gêne, leurs chewing –gums et surtout la façon hautaine avec laquelle ils se comportent envers les Espagnols. Goyanes refile donc l’enquête à Isidro Castro tout aussi peu enchanté de travailler avec les Américains, en l’occurrence avec Thomas Wilson de la Police militaire flanqué de son traducteur. Pas bête, Castro invite Ana à lui servir d’interprète. Comme journaliste, et même si elle sera contrainte à ne rien diffuser,  cette invitation l’enthousiasme.

En plus de son emploi précaire à l’hebdomadaire El Caso, elle est maintenant responsable d’une rubrique dans Mujer Actual, une revue people. Elle s’est mise à l’apprentissage de l’anglais et participe activement à des tables de conversation avec son professeur, Lawrence, nouveau venu dans la galaxie, mais qui aura un rôle à jouer.

Placé devant le fait accompli, le consul américain devra s’en accommoder. Cette situation donnera lieu à quelques scènes savoureuses et pleines d’humour quand Ana devra traduire avec diplomatie des propos à l’emporte-pièce de Castro ce dont Wilson n’est pas dupe.

Ana, qui ne lâche jamais le morceau, intriguée par la personnalité de la victime, suspecte que, derrière cette banale bagarre d’ivrognes qui se termine tragiquement, se cache peut-être un crime. Cette hypothèse pouvant se révéler gênante tant pour la réputation de la marine américaine que pour les autorités espagnoles. Castro, qui ne connaît  que trop bien Ana, lui recommande, pour la forme, d’agir avec prudence et discrétion.

L’enquête policière est mise en mode « pause » pour faire place à du journalisme d’investigation. Ana, a appris au cours de l’enquête proprement dite que Antonio Vázquez, la victime, d’origine portoricaine, avait le projet de se marier avec une espagnole rencontrée lors d’une escale  et qu’il comptait lui offrir un bijou de valeur pour sa demande en mariage. Ana se met donc à la recherche de cette fiancée et, de fil en aiguille – c’est le cas de la dire – découvre qu’elle est couturière dans un atelier assez particulier qui relève d’une organisation charitable.

 

Je n’en dirai pas plus si ce n’est que, à partir de là, Ana va ouvrir la boîte de Pandore. Ses investigations intrépides et imprudentes vont mettre sa vie en danger et elle aura bien besoin de l’aide de Beatriz et de Lawrence qui, eux aussi, vont courir des risques pour la sortir de ce mauvais pas.

En s’intéressant d’un peu trop près à cette petite couturière, Ana a fourré son nez dans des affaires peu reluisantes qui mettent à jour la face cachée du régime : exploitation des femmes célibataires – pire encore si elles sont de « familles rouges », « éducation » de leurs enfants dans des orphelinats dirigés par des nonnes et soutenus par des dames de la haute bourgeoisie barcelonaise sous couvert de charité chrétienne – certaines scènes font penser aux terribles dessins de Paracuellos de Carlos Giménez -, prostitution, trafics d’enfants, mauvais traitements, tortures,... Bref un tableau bien noir et excellemment rendu du climat de cette période funeste. En ce sens Azul marino s’inscrit également dans le courant du « devoir de mémoire ».

La fin du livre nous ramène à l’enquête policière dont les conclusions ne sont pas non plus à l’honneur des marins américains.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] R. Ribas & S. Hofmann, Don de lenguas, e.books, p. 101-102.

[2] Sa publication continuera jusqu’en 1997.

04/04/2017


STEMBERT Rodolphe


José Javier ABASOLO, Demasiado ruido, [Trop de bruit] , Erein, 2016. [non traduit]

 

Tout a commencé par une scène banale, et malheureusement fréquente : une querelle avec des voisins qui faisaient trop de bruit. (p. 56).

 

La collection « Cosecha roja » des éditions Erein de Bilbao renferme des perles du roman noir. Que je sache, aucun n’a encore été traduit en français. Pourtant, à mon avis – et je ne suis pas le seul à l’écrire – des auteurs comme José Javier Abasolo et Jon Arretxe sont considérés aujourd’hui comme deux des meilleurs auteurs du genre en Espagne. Je n’ai pas encore eu l’occasion ni le temps de lire d’autres auteurs de cette collection dont on m’a dit beaucoup de bien.

 

Puisque dans cette rubrique il s’agit d’Abasolo, il convient de dire que ses livres ne se lisent pas d’une traite. C’est tout le contraire d’un reproche : il fait durer le plaisir, surtout dans ce dernier roman.

C’est comme dans la restauration : il y a le fast food et la gastronomie. Dans le premier cas, on mange sur le pouce et on oublie. C’est le sort des best-sellers. Dans le second, on déguste, on s’attarde à table, on  commente les ingrédients et, les jours suivants, on  parle de cette expérience aux amis en leur recommandant le restaurant.

Demasiado ruido relève de la gastronomie. Quand on arrive au terme des 422 pages, on est tenté d’en relire quelques-unes, voire de faire une deuxième lecture...comme on retourne au même restaurant.

Parmi ces ingrédients, sans oublier la qualité de l’écriture, il y a les dialogues, toujours fonctionnels, savoureux, souvent pleins d’humour et d’ironie dans lesquels l’auteur joue avec les niveaux de langue pour notre plus grand plaisir.

 

Il faut dire aussi que l’armature narrative nous y convie avec deux voix narratives, celle de Goiko, le protagoniste et celle d’un narrateur omniscient et 32 chapitres qui se suivent sans aucun ordre chronologique ni spatial. Tous ces chapitres s’articulent autour de la mort d’un mendiant : sept mois avant la mort du mendiant, trois jours avant la mort du mendiant, quarante-cinq jours après la mort du mendiant,...et ainsi de suite.

 

D’emblée le lecteur sait qu’il va se trouver devant un sacré puzzle à reconstituer en cours de lecture et non après. Il peut glisser des petits papiers entre les pages, mais ce ne lui sera pas très utile.

Et pourtant on continue à lire, sans précipitation, sans trop revenir en arrière, sans jamais se lasser, parce que cette structure apparemment complexe est d’une grande cohérence. Elle sert à brouiller les horizons d’attente du lecteur – inutile et inopportun de courir à la fin pour connaître le dénouement - et à ajouter du suspense, chaque chapitre se terminant par une fin ouverte, sauf les deux derniers qui ne manquent d’ailleurs pas d’intérêt.

Dans l’avant-dernier un narrateur externe donne la version telle qu’elle est perçue par le commissaire Eneko Goirizelaia, une version partielle (réticente ?), celle qu’il a envoyée officiellement à la gendarmerie française concernant la mort des quatre Africains. Une affaire qu’il s’était juré de résoudre et qui, par conséquent fait désormais partie des « affaires classées ».

Et dans le dernier chapitre, c’est Goiko qui redevient le narrateur pour donner sa version des faits, le jeu dangereux qu’il a joué et comment il a roulé tout son monde dans la farine.

 

Bref Demasiado ruido nous invite à une lecture à la fois ludique, jouissive et intelligente.

 

Il y a une histoire, bien entendu – et même plusieurs histoires - et un mendiant mort d’une mort atroce. Mais il faudra lire une centaine de pages pour assister à cette mort. Et puis, était-ce bien un mendiant ?

Il y a surtout Goiko, l’antihéros de romans précédents d’Abasolo. C’est un ex-policier accusé faussement de pédérastie qui, bien que blanchi par la justice et réintégré officiellement dans la police (mais il ne rejoindra pas son poste) a du mal à se débarrasser de l’image de pestiféré que certains continuent à se faire de lui. Il ne fait rien non plus pour améliorer cette image.

C’est un solitaire doublé d’un ours mal léché. Reconverti en détective, il a le don  de se mettre dans de sales draps – particulièrement dans ce roman - et la manie de travestir, voire de dissimuler ses informations.

Il faut admettre que, dans ce quatrième épisode, certaines circonstances ne plaident guère en sa faveur : il a hérité d’un bar à filles sur lesquelles il doit veiller. Bien qu’il ne se comporte nullement comme un proxénète, bien au contraire, cette situation ne joue évidemment pas en sa faveur. Cet héritage empoisonné n’est pas du goût de Lola sa petite amie et leur relation a du plomb dans l’aile ;  avec son fichu caractère, il en veut au monde entier, notamment à ses voisins du dessus qui font « trop de bruit ». À cause de sa réaction déraisonnable et surtout illégale, les voisins déposent plainte.

Ces petits incidents mis bout à bout, non seulement ne contribueront pas à redorer son blason mais plutôt à donner de lui la fausse image d’un individu qui ne recule devant rien. Ils seront à l’origine de ses déboires.

 

Nous touchons là à une autre grande originalité qui fait la qualité de ce roman, c’est que rien n’y est jamais comme il  le paraît : le mendiant est-il vraiment un mendiant ? Lola, l’amante de Goiko est-elle vraiment la femme qu’il croyait ? Salif est-il vraiment le bon musulman pieux et respectueux ? Les assassins du mendiant sont-ils vraiment des assassins ? Et la juge, est-elle vraiment une juge intègre ?...Si cela peut déstabiliser un lecteur qui aborde Abasolo pour la première fois et qui doit constamment remettre en question ce qu’il a cru comprendre, il n’en sera pas de même pour celui qui a lu les autres aventures de Goiko et qui sait qu’il est malin comme un singe, mais qu’il a aussi le don de se mettre dans des situations scabreuses.  

D’autres personnages, les uns déjà présents dans les romans antérieurs, les autres, nouveaux, gravitent autour de Goiko.

 

Il y a d’abord le commissaire Eneko Goirizelaia,  l’ami fidèle et discret de Goiko, un des rares à ne pas lui avoir tourné  le dos quand il a été démis de ses fonctions à la suite de la fausse accusation. Il essaie de comprendre ce que lui cache Goiko.

Il y a Lola, son amante (?) occasionnelle qui mourra tragiquement. Crime ? Suicide ?

Il y a Vladimir, l’ex-tueur à gages roumain qui reprend du service et exercera ses talents à Londres, Bilbao et Bucarest.

Il y a aussi quelques anciens collègues de Goiko, pas toujours très convaincus de son innocence, mais qui lui viennent quand même en aide par loyauté envers le commissaire Eneko.

Il y a aussi les nouveaux : Moussa, le tout puissant commissaire de police de Bamako, redouté de tous  pour sa cruauté. Corrompu jusqu’à la moelle, il dirige aussi une organisation mafieuse à Bilbao.

Salif, le petit vendeur de Bamako, le  bon petit musulman respectueux des préceptes de sa religion, mais aussi très respectueux des autorités. Un oiseau pour le chat pour Moussa dont il deviendra le bras droit (Mais avait-il le choix ?). Moussa l’enverra à Bilbao où il s’occupera officiellement d’une entreprise d’import-export et s’empressera d’oublier les règles de sa religion.

L’avocat Sánchez-Ávila y Ribera de Osma, personnage polymorphe, puissant, intouchable et dangereux.

Sa secrétaire, Ibone Gutiérrez Soltxaga.

Le noir distingué rencontré dans le bureau de l’avocat et que Goiko a pris pour le consul du Zimbabwé

La juge Idoia Gastaminza qui a enquêté sur la mort accidentelle de quatre Africains en France et a classé l’affaire sans suite.

Lord Samuel Melrose, Miss  Campbell et James Robertson, le détective de Scotland Yard à Londres.

Et puis il y a cette tante Nathalie –mais est-ce vraiment sa tante ?- qui veut revoir son neveu Goiko avant de mourir pour lui remettre une enveloppe. C’est elle, finalement, qui détient, au sens propre comme au sens figuré, la clé des histoires.

 

Et il y a aussi Touré, le protagoniste de la saga d’Arretxe. Ce clin d’œil amical à un collègue  - Touré est le premier détective noir de l’histoire du roman policier espagnol - n’est pas tout à fait gratuit. Si Touré ne participe pas à l’action, sa parfaite connaissance de la faune de Bilbao, justifie que Goyko le consulte comme, dans un autre chapitre, il consulte un prêtre qui fait partie de ses connaissances.

 

Il y a aussi beaucoup de morts. Certaines sont délibérément criminelles,... quoique. D’autres sont apparemment des suicides ou des accidents, d’autres sont la conséquence d’agressions crapuleuses ayant le vol pour motif.

La plupart de ces morts ont quelque chose en commun : une clé USB vide ( ?)  qu’on trouve lors de leur autopsie, que ce soit à Bilbao ou à Londres.

Mais, comme je l’écrivais plus haut, rien n’est jamais comme il le paraît dans ce roman.

 

En toile de fond, mais discrètement, se dessine la réalité sociale de l’époque  avec la corruption, l’immigration, la banalisation de la violence, la xénophobie, le climat de peur, l’individualisme,... Certaines scènes s ‘inspirent d’ailleurs de faits divers réels : suicides de cadres d’entreprises, attaques gratuites de sans domicile fixe,...

 

Le design de couverture du livre est un véritable paratexte qui va au delà de sa fonction éditoriale. Je le comparerais bien avec l’album d’Hergé, Les bijoux de la Castafiore, dont la première vignette donnait les clés de l’histoire.

L’auteure de ce design n’est autre que l’excellente traductrice d’Arretxe pour qui elle avait également conçu les couverture de la « saga Touré » et de Sueños de Tanger. Cela méritait d’être signalé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


STEMBERT Rodolphe


Jon ARRETXE, Morto Vivace, Ed. El gallo de oro, 2015

 

Morto Vivace fue la primea incursión de Jon Arretxe en el género negro. Se publicó en vasco en la editorial Elkar en 2007. Por lo tanto, la edición de El Gallo de oro es la primera traducción al español.

A primera vista la calidad de la edición nos sorprende, pero el hábito no hace al monje y muy pronto se rompe el encanto.

La historia se devuelve en París entre el 14 de julio, día de la fiesta nacional y el 17 del mismo mes o sea tres días para resolver dos casos criminales muy embrollados.

Todo empieza en uno de esos « bateaux-mouches de París ». Los pasajeros son los miembros del Coro de Ópera de Biarritz venidos a París a dar un concierto.

Mientras estaban concentrados en la cubierta para disfrutar de los fuegos artificiales, uno de ellos quedado en la popa,  presencia un espectáculo horroroso digno de las peores revistas de  la prensa amarillista   : los intestinos de un cadáver enganchados en el rodillo de la hélice. ¿Accidente ? ¿Crimen ?

La investigación está dejada al cuidado de dos inspectores, un magrebí, Martínez y un negro, Perrot, más inclinados a frecuentar los bares de segunda categoría del bulevar de Clichy y los burdeles de Pigalle  o a enzarzarse que a perseguir a los delincuentes.

Sus peloteras son repetitivas y estereotipadas, los diálogos demasiado planos y artificiales. El París por el que deambulan es el París de las postales : Pigalle, Le Marais, La isla de la Cité, Notre-Dame, la torre Eifel,...Estamos muy lejos  de los ambientes de Tanger o de la Pequeña África de Bilbao.

En cuanto al tratamiento de las investigaciones de los policías es bastante torpe. Por ejemplo hay un segundo crimen que es como para justificar el primero; y ¿es necesario – y credible – que la mitad de los miembros del coro sean homosexuales ?

No conozco el euskera, por lo tanto leo las novelas de Arretxe en castellano. A pesar de que no soy hispanohablante, por mi formación y mis numerosas lecturas en español, aprendí a apreciar la calidad de la escritura de un autor o de un traductor. Así como me gustaron las traducciones de Cristina Fernández, que daban precisamente la impresión de no ser traducciones, ahora me parece que la traduccion falta de fluidez, de autenticidad. ( ¿ cambio de casa editorial ? ¿ influencia de otro traductor ?)

En pocas palabras, esa reedición, aparte de mostrar los primeros pasos de Arretxe por el género negro,  no trae ningún valor añadido al inmenso talento de Jon Arretxe a no ser que sea una indirecta a una traducción al francés. A mi juicio no sería de provecho al autor. Su saga de Touré y Sueños de Tanger que acabo de leer tienen otra dimensión.

Nobody is perfect. Y no es por una ligera frustración que hay que tirar al niño con el agua del baño